Artiste visuelle vénézuélienne à Paris

Tatiana Martin-Bruzual

Tatiana Martin-Bruzual- artiste visuelle vénezuélienne à Paris

photo credits : Andrea Bencelova

Je grave, je fabrique, je transmets : créer pour laisser une empreinte

Je suis Tatiana Martin-Bruzual, artiste visuelle et artisane vénézuélienne. Je vis et travaille à Paris.

Je grave, je peins. Je fabrique des livres d’artiste et des carnets.

J’aime creuser la matière, mélanger les couleurs, sentir le papier sous mes doigts et voir apparaître une image là où, quelques instants auparavant, il n’y avait encore rien.

Mais si je devais chercher le fil qui relie tout ce que je fais, je crois qu’il serait là : laisser une empreinte.

Une empreinte de ce que nous avons vécu.
De ce que nous ne voulons pas oublier.
De ce qui reste parfois invisible.
Et de ce pouvoir créateur que nous portons en nous.

Tatiana Martin-Bruzual- Bluevert Soul-estampe contemporaine-Venezuela- enfance

Printemps, l’enfant

Avant la gravure, il y avait déjà le papier

Quand je pense à mon enfance au Venezuela, une scène revient souvent.

Après l’école et la sieste, j’accompagnais ma maman dans le salon de la maison. Elle cousait. Moi, je dessinais.

Il y avait le bruit de la rue, la musique de la radio qui se mélangeait aux chants des aras, l’odeur du café et ma grand-mère qui préparait les arepas pour le dîner.

Je ne le savais évidemment pas à ce moment-là, mais une partie de mon univers était déjà là.

Les mains qui fabriquent. Le dessin. Les couleurs. Le papier. La musique. La nature foisonnante. Et cette capacité très latino-américaine, peut-être, à faire cohabiter le quotidien et le merveilleux.

J’étais aussi cette enfant qui gardait des morceaux de papier parce qu’ils étaient « trop beaux pour être jetés ».

Bon… certaines choses ne changent pas vraiment.

Aujourd’hui encore, je collectionne les jolis sacs en papier et les emballages en me disant qu’un jour, forcément, je vais en faire quelque chose. Jusqu’au moment où mon atelier ne peut vraiment plus rien accueillir et où je dois négocier avec moi-même pour en laisser partir quelques-uns.

Avec les années, ma pratique s’est construite entre le Venezuela, le Mexique et la France.

Formée depuis le milieu des années 2000 au dessin, à la peinture et à l’aquarelle, j’ai ensuite approfondi la taille-douce pendant sept années aux Ateliers des Beaux-Arts de Paris, à La Glacière.

Mon travail est présenté dans des expositions collectives en France et au Mexique depuis 2006. En 2023, j’ai également participé à une résidence d’art à Openbach Galerie, à Paris.

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tatiana sur les bord de seine

Ma démarche artistique

Creuser la matière pour ne pas oublier

Aujourd’hui, ma pratique associe la taille-douce, la linogravure, la xylogravure, l’aquarelle et le livre d’artiste.

Je pars souvent d’un fragment.

Un souvenir d’un moment vécu. Une phrase ou une image restée avec moi après un livre ou un film. Une chanson. Une promenade. Le changement d’une saison. Un petit bonheur du quotidien.

Et puis il y a ce qui me questionne davantage : la manière dont les femmes et leur puissance créatrice ont été invisibilisées, réduites ou exploitées. Comme la nature, d’ailleurs, que l’on admire volontiers tout en oubliant parfois de la respecter.

Dans mon travail, le corps féminin, les fleurs, le paysage et le vivant se rencontrent. La figure féminine devient un territoire fertile, un espace d’où peuvent germer les idées, les récits, les engagements et les transformations.

Je cherche à lui redonner une place centrale.

Je grave pour ne pas oublier.

La gravure a pris une place particulière dans ma pratique.

Parce que graver, c’est creuser.

Creuser le métal. Creuser le bois. Retirer de la matière pour faire apparaître une image. Encrer, essuyer, presser… puis soulever le papier et découvrir l’empreinte.

Pour moi, ce geste parle aussi de mémoire.

Ne pas oublier le Venezuela.

Ne pas oublier cette nature luxuriante, foisonnante et sauvage qui entourait mon enfance. Ne pas oublier la joie de vivre même lorsque les circonstances sont difficiles. Ne pas oublier une identité latino-américaine construite entre la couleur, les récits, les croyances, le merveilleux et le réel.

Je vis à Paris et j’aime la vie que j’y ai construite. Mais la distance porte aussi sa nostalgie et cette incertitude de ne pas savoir quand, ou parfois si, on pourra revenir.

Alors je laisse des empreintes.

Tatiana Martin- Bruzual - Artiste visuelle- je grave pour ne pas oublier

 Entre réalisme magique, mémoire et puissance créatrice

J’ai grandi avec le réalisme magique latino-américain, les mythologies, les traditions spirituelles et cette frontière parfois très fine entre ce que l’on voit et ce que l’on ressent.

Une fleur n’est pas toujours seulement une fleur.

Un oiseau peut parler de liberté ou de joie. Un feuillage peut devenir mémoire. Un corps peut devenir paysage. Et une image peut contenir plusieurs histoires à la fois.

Ma pratique explore cette rencontre entre mémoire, féminin, vivant et puissance créatrice.

La joie et la nostalgie y cohabitent.

Je suis profondément optimiste, émerveillée par les saisons, la nature, les couleurs et les petits bonheurs du quotidien. Mais être solaire ne signifie pas fermer les yeux sur ce qui dérange.

Je crois que nous pouvons aimer le monde tout en le questionnant.

Et peut-être que c’est aussi parce que nous l’aimons que nous avons envie d’en prendre soin.

Tatiana Martin-Bruzual-Estampe-Gravure-été-La mome
Tatiana Martin-Bruzual-Estampe-Gravure-Automne-l'exploratrice
carnet aquarelle 100% coton couverture souple

Bluevert Soul, de l’œuvre au carnet artisanal

Il y a mes gravures, mes aquarelles et mes livres d’artiste.

Et puis il y a Bluevert Soul, mes créations artisanales.

Mes carnets ne sont pas séparés de ma pratique artistique. Ils naissent du même rapport au papier, à la couleur, au symbole et au geste. Je les imagine comme des compagnons de créativité, faits pour être utilisés, remplis, tachés et transformés.

Je grave et imprime leurs motifs à la main, puis je relie chaque carnet dans mon atelier. Je garde volontairement les petites variations et les traces du geste qui rendent chaque exemplaire unique.

Quand je termine un carnet, j’aime penser que j’y ai mis un petit morceau de mon âme. Mais son histoire commence vraiment lorsque quelqu’un s’en empare et y ajoute la sienne.

Transmission du savoir-faire Ateliers linogravure, aquarelle, reliure

Transmettre la gravure, la reliure et l’aquarelle

Créer et fabriquer m’ont naturellement amenée à transmettre.

Dans mes ateliers et mes cours, je partage les techniques qui nourrissent ma propre pratique : la gravure, la reliure et l’aquarelle.

Je montre le geste, j’explique, puis je laisse une grande place à l’expérimentation. Mon objectif n’est pas que tu reproduises mon travail, mais que tu comprennes suffisamment une technique pour pouvoir te l’approprier et trouver progressivement ta propre manière de créer.

Observer > Reproduire pour comprendre > Analyser > Expérimenter > Puis s’en détacher.

C’est cette autonomie et la fierté de pouvoir dire « c’est moi qui ai fait ça » que j’aime transmettre.

Pointe sèche sur tetra pack + aquarelle

Cultiver nos territoires fertiles

Dans mes œuvres, la femme devient un territoire fertile.

Dans mes carnets, je fabrique un territoire encore presque vierge que quelqu’un d’autre viendra habiter.

Et dans mes ateliers, je transmets des gestes pour que chacune puisse cultiver le sien.

Je crois profondément à notre pouvoir créateur.

Pas comme une formule magique. Créer ne règle pas tout.

Mais créer de ses mains nous apprend à observer, imaginer, essayer, transformer, recommencer et inventer quelque chose qui n’existait pas encore.

Pour moi, une personne qui cultive sa créativité devient un terrain fertile pour elle-même, mais aussi pour ce qu’elle peut imaginer, fabriquer, transmettre et apporter autour d’elle.

Et je crois que notre monde a besoin de beaucoup de territoires fertiles.

Et puisque tu es arrivée jusqu’ici…

Bazar organisé

Mon atelier est en bazar. Mais je sais où sont les choses.

Ça peut servir

Je collectionne les beaux emballages jusqu’au moment où l’espace me rappelle à la réalité.

Trop beau pour l’utiliser

Je peux acheter un godet d’aquarelle artisanale et ne pas l’utiliser parce qu’il est beaucoup trop beau.

Le vivant, avec une exception

Les insectes, je préfère les voir en peinture.

Vraiment.

Entre dans mon univers

Artiste. Artisane. Je transmets aussi mes gestes et mon savoir-faire.

Pour moi, ce ne sont pas trois chemins différents.

Il y a un même fil : créer, laisser une empreinte et permettre à d’autres d’ajouter la leur.

Œuvres

Gravures, aquarelles et livres d’artiste

Carnets

Les carnets artisanaux Bluevert Soul

Ateliers

Gravure, reliure et aquarelle

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